"Que suffit-il ?" (re)concevoir l’embouteillage d’eau de source (4)

"Que suffit-il ?" (re)concevoir l’embouteillage d’eau de source (4)

 

> (re)concevoir l’embouteillage d’eau de source

Il y a une vingtaine d’années, une filiale d’un des 2 groupes mondiaux de l’embouteillage d’eau dans un pays du Proche-Orient nous a demandé de réduire le prix de revient industriel de 2 usines, pour améliorer la marge très faible face à la grande distribution. Comment ? Nous avons réussi grâce au raisonnement Valeur(s).

Notre démarche tient en une question : « Que suffit-il pour répondre aux vrais besoins ? ».        

 

A quels besoins répond cette entreprise ? Un travail méthodique[1] avec les outils du Value(s) Design nous mène à une (re)découverte : tout cela sert … à désaltérer les consommateurs !

Que suffit-il donc pour répondre à ces besoins ? Un peu de bon sens : pour désaltérer les assoiffés, il suffit … d’eau saine et de bon goût. Pourquoi pas de source, puisque dans ce pays l’eau de distribution locale n’a pas bon goût.

Or, combien coûte l’eau de la source pour l’industriel ? Dans le cas étudié : rien !... L’entreprise a reçu gratuitement le droit d’exploiter la concession de la source de montagne.

 

Conclusion : pour répondre au vrai besoin des consommateurs, il suffit de leur vendre l’eau de la source, gratuite !? Une solution radicale est alors imaginée (il y a 20 ans !) : la vente d’eau ‘en vrac’, livrée en camion-citerne au magasin, où les clients viendraient remplir leurs bouteilles.

Résultats : un impact gigantesque sur le prix de revient ET la consommation énergétique ET réduction du prix de vente ET augmentation de la marge ET sur l’environnement -plus aucun plastique dans la nature et infiniment moins de pollution de la montagne- ET aucun impact sociétal -les emplois locaux sont conservés !

 

Évidemment, cette innovation radicale met en péril le business model de ce groupe mondial, basé sur la maîtrise du process de fabrication de bouteilles en plastique !

Et cela existe déjà ! Dans certains pays où l’on a besoin d’eau mais pas les moyens de se payer les bouteilles, on la met en effet dans les récipients recyclables. Au Québec, le lait est d’ailleurs vendu en ‘berlingots’ comme en Europe au XXe siècle : on a tous des carafes chez nous. Les humanitaires livrent l’eau dans des ‘poches’ en plastique. A première vue aussi polluant, mais il y a 4 à 5 fois moins de plastique (3-4g pour 1,5 litre au lieu de 12-15g) et c’est bien plus facile à recycler puisque à plat quand c’est vide et en 1 seule matière (pas de bouchon).

 

D’autres solutions « qui suffisent » compatibles avec ce business model ont été imaginées et certaines mises en œuvre : limiter le poids de plastique de la bouteille de 15 à 10g, remplacer le bouchon (8% du plastique) par un clip, récupérer les palettes, réutiliser les films de palettes, fabriquer les bouteilles en zone portuaire en amenant l’eau de la source en camion-citerne, etc.

 

Et quelques années plus tard, un des cadres de l’industriel a quitté ce groupe pour monter une entreprise sociale : il a obtenu à peu de frais la concession d’un puits à Manille, y a installé une ensacheuse d’occasion, fabriqué des ‘sacs d’eau’ (3g de plastique), distribués aux gamins des rues transformés de délinquants en « porteurs d’eau » !

Et pour éviter que les sacs vides ne finissent dans la rue et la mer ? Il donne le matin 10 poches de 25 cl d’eau à chaque enfant, qui va les vendre au prix qu’il peut aux passants pour se désaltérer sur place … mais il n’aura les 10 prochains sacs QUE s’il ramène les 10 sacs vides et paye quelques % pour couvrir les coûts ;-)

 

Depuis, de nouveaux acteurs du marché de l’eau installent dans les restaurants des mini-usines de filtration locale de l’eau de distribution, contenues dans des carafes nettoyées sur place.

 

Qui viendra dire que la sobriété responsable est impossible ?! Vous lirez plein d’autres exemples dans ces pages. Pour des produits, des services, des organisations … Signalez-nous les vôtres ?[2]

bouteille

[1] Cet exemple, l’analyse des besoins, la recherche et la sélection des solutions sont détaillés plus loin dans l’ouvrage 

[2] Le blog www.quesuffitil.com présentera d’autres exemples : les miens et les vôtres !