"Que suffit-il ?" Le Value(s) Design : trouver des solutions n’est pas la solution !? (9)
"Que suffit-il ?" Le Value(s) Design : trouver des solutions n’est pas la solution !? (9)
2. Le Value(s) Design : trouver des solutions n’est pas la solution !?[1]
« Quoi ?! Comment un spécialiste de l’innovation comme vous, Olaf, consultant en re-conception optimale de produits et d’organisations depuis tant d’années, peut-il écrire ça : l’innovation ne consiste-t-elle pas à trouver des solutions à nos problèmes ?! » s’écrie notre lecteur.
Eh non. A l’heure où :
- Nos gouvernants tentent de se tourner (Grand Débat, Convention Citoyenne …) vers le ’peuple’ pour écouter ses propositions … et ses doléances
- Le Design Systémique prône l’empathie avec les utilisateurs, la prise en compte de tout l’écosystème, l’idéation débridée puis le prototypage rapide … pour corriger les défauts initiaux
- L’innovation participative tourne (enfin) les entreprises vers leurs employés, leurs fournisseurs, les start-ups … pour disrupter avant d’être disrupté
- Se multiplient les réunions de brainstorming à post-it, d’intelligence collective, des Legos serious games, … si enthousiasmants pour les participants
- Les entreprises se cherchent une âme (raison d’être) et se ‘libèrent’ (de qui ?) …
Voici mon expérience[2] :
- Trouver des idées est FACILE ; ce qui est difficile est de trouver LA (les) bonne(s)
- La créativité n’est PAS le point le plus important à travailler ; ce qui est majeur est de poser la (les) bonne(s) question(s)
- Résoudre des problèmes est beaucoup MOINS motivant que satisfaire des besoins
- L’innovation n’est PAS un but ; elle est un moyen de s’adapter à une évolution, souhaitée ou non, avec le plus de sérénité possible, pour satisfaire les futurs besoins de tous les acteurs concernés
La méthode de Value(s) Design
La méthode ne sert QUE à déployer méthodiquement le raisonnement Valeur(s) !
En particulier lorsque vous devez impliquer des personnes qui ne le connaissent pas …
Le Value(s) Design, dernière évolution des méthodes Valeur(s) qui font leurs preuves depuis … 1947 (!) sont l’objet de nombreuses normes européennes et américaines, qui leur confèrent une légitimité plus solide qu’un « raisonnement » en 2 questions et un principe …
Ces méthodes ont d’ailleurs été largement déployées dans les entreprises industrielles et soutenues par le programme SPRINT de la Commission Européenne. Elles sont au programme des meilleures formations d’ingénieurs et d’acheteurs, et sont toujours largement utilisées par de nombreuses entreprises et cabinets de conseil, d’ingénierie et de design à travers le monde.
La méthode de Value(s) Design consiste à déployer méthodiquement les 2 questions du présentées ci-dessus, en les posant chacune 3 fois :

Phase 1 « à quoi ça sert ? »
Etape 1. Lancement : expliciter le VRAI projet de progrès
= à quoi sert le projet ?
Etape 2. Analyse Fonctionnelle : définir le but, les besoins remplis par la solution actuelle
= à quoi ser(vai)t la solution actuelle ?
Etape 3. Diagnostic Qualité : définir les VRAIS besoins à remplir par la future solution
= à quoi servira la solution future ?
Phase 2 « Que suffit-il ? »
Etape 4. Coûts Fonctionnels : vérifier ce qui mérite d’être adapté et les besoins trop coûteux
= que suffisait-il pour chaque besoin dans la solution actuelle ?
Etape 5. Créativité : rechercher comment remplir autrement le même besoin
= que suffirait-il pour chaque besoin dans la solution future ?
Etape 6. Plan d’actions : sélectionner la (les) solution(s) pour atteindre l’objectif du projet = que suffira-t-il pour tous les besoins dans le projet ?
« En toute chose il faut considérer la fin » Jean de La Fontaine
« Il n’est pas de vent favorable à celui qui ne sait où il va » Sénèque
« Le développement durable est celui qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs » Mme Gro Harlem Brundtland
« Il semble que la perfection soit atteinte, non pas lorsqu’il n’y a plus rien à ajouter, mais plus rien à retirer » Saint Exupéry
« Celui qui a un ‘pour quoi’ qui lui tient lieu de but, de finalité, peut vivre avec m’importe quel ‘comment’ » Nietszche
« The value of something lies in the using of it » Thomas Edison
Observons que nous consacrons 2 étapes à répondre à la question « à quoi servira la solution future ? » : nous étudions d’abord la solution actuelle puis la solution future. Quel intérêt ? Il est beaucoup plus facile d’échanger directement avec les utilisateurs de la solution actuelle que de la solution future -qui n’existe pas encore- et de leur faire exprimer à quoi leur sert celle-ci (= étape 2) !
Il est ensuite simple de compléter l’étude des besoins futurs : grâce aux insatisfactions des utilisateurs actuels, et aux vœux des gens qui n’utilisent pas la solution actuelle (= étape 3).
Cette approche méthodique peut être utilisée dans l’ordre présenté ici (étapes 1 > 6) mais aussi dans des ordres différents :
- dans une démarche de conception par exemple, si l’on démarre par la recherche de solutions[3] (étape 5), il est indispensable de vérifier que celle choisie répondra bien aux besoins des parties prenantes (étape 3), pourra être mise en œuvre dans les délais requis et les conditions économiques visées (étape 1)
- dans une démarche de maîtrise des risques par exemple, si l’on démarre par une liste de ‘doléances’ à corriger (étape 2), il suffit de les transformer en besoins vis-à-vis d’une solution pour redéfinir l’objectif (étape 1)
- pour un acheteur par exemple, si l’objectif est une réduction de coûts, on peut démarrer par la recherche de solutions moins chères (étape 5) puis reboucler
Cette démarche est itérative, ainsi que le signifie la boucle du schéma : la solution choisie (étape 6) devra répondre à l’objectif du projet (étape 1). Sinon, une autre ‘boucle’ devra être menée jusqu’à atteindre celui-ci dans son ensemble.
Pour des projets d’entreprise, il faudra mobiliser des équipes pluridisciplinaires pour répondre aux questions de chacune des 6 étapes de la méthode de Value(s) Design.
L’expérience plaide pour un timing ‘idéal’ : 1 semaine par étape,
- commençant par la recherche par les participants au groupe de travail auprès de ‘ceux qui savent’ des informations pertinentes pour répondre à la question de l’étape,
- puis 1 réunion d’1/2 journée avec ceux-ci pour les formaliser dans les outils ad hoc,
- le reste de la semaine (et du projet) étant consacré à la synthèse des informations manquantes, et aux autres responsabilités des participants …
[1] Article publié sur le blog https://valeursetmanagement.com/trouver-des-solutions-nest-pas-la-solution/
[2] 35 ans de métier (vieux, quoi) dans le conseil (même pas ‘maker’ ou entrepreneur !) dans tous les domaines (même pas spécialiste !) sous tous les horizons (même pas français ! ah si … ouf, enfin Européen) et optimiste (bisounours, quoi !) voir mon profil LinkedIn https://www.linkedin.com/in/olaf-de-hemmer-gudme/
[3] Comme le proposent p.ex. les ‘hackatons’ et autres brainstormings, et comme le font les acheteurs sollicitant leurs fournisseurs pour des innovations